HISTOIRE DE LA PRESSE ET DES COMMUNICATIONS
(VERSION TEXTE)
Les
origines
Communication: Le fait de communiquer, d'être
en relation avec quelqu'un, quelque chose.
Cela présuppose donc un moyen de communiquer. Au départ, l'être humain, comme les animaux, a utilisé des sons et des signes physiques. Ensuite, on a développé le langage parlé. Impossible de dater son apparition. Aujourd'hui, il existe plus de 3000 langues parlées[1] à travers le monde. Moins d'une centaine de ces 3000 langues sont écrites.
Avant
même de se mettre debout, l'être humain avait besoin d'informations sur le
monde qui l'entourait. Aujourd'hui, des millions d'années plus tard, avec
toute la technologie qui existe, la presse vise à répondre à ce besoin. La
fonction de la presse est d'annoncer les événements, d'en donner la
description la plus exacte et la plus récente possible. Ces nouvelles
permettent au lecteur d'orienter ses actions, de prendre des décisions éclairées,
mais aussi d'avoir le plaisir d'être étonné, de découvrir et de connaître
de nouvelles choses.
Au
départ, la transmission des nouvelles (informations sur le monde qui nous
entoure) se fait de façon verbale. On peut donc dire que, d'une certaine
façon, les trouvères du Moyen-Âge, les griots africains[2]
et les crieurs publics furent les premiers ancêtres des journalistes
modernes.
Plus
tard, la transmission des nouvelles s'organise de diverses façons à travers
le monde : signaux de fumée des Amérindiens, tam-tams africains, réseaux de
pigeons voyageurs dans les États musulmans du Xe siècle.
L'écriture
Avec
l'apparition de l'écriture, l'être humain avait la possibilité de
transmettre un message à l'aide d'un code de symboles permanents. La première
annonce écrite date de 3000 ans av. J.C. Il s'agissait d'un papyrus
distribué sur lequel on indiquait qu'une récompense était offerte pour la
capture d'un esclave fugitif. Cependant, la première publication qu'il est
possible de considérer comme un journal date de l'Empire Romain. Il s'agit
des acta diurna (actes du jour). Ils étaient distribués dans les
lieux publics et dans les boutiques de la ville en plus d'être envoyés
partout dans l'Empire. On y publiait des faits divers, récits d'événements
sensationnels, mariages, décès, nouvelles militaires, chroniques théâtrales
et sportives. Ces publications étaient rédigées par les diurnarii
(premiers journalistes).
***Caius
Salluste, protégé de Jules César, était le rédacteur en chef du Commentarius
rerum novarum (chronique des nouveautés), un hebdomadaire dont 300
esclaves scribes recopiaient 10 000 exemplaires par édition.
Héritiers
de ces acta diurna, des écrits à la main vont ensuite se répandre en Europe
à partir du XIIIe siècle : Les avvisi en Italie, les zeytungen en Allemagne.
Ces publications contiennent surtout des informations commerciales.
La
diffusion des *nouvelles à la main+
à partir des grands centres d'échange (Venise, Anvers, Francfort, Lyon...)
est ensuite devenue systématique et a été favorisée par la naissance des
postes modernes (courrier) et l'amélioration de la fabrication du papier.
L'imprimerie
C'est
autour des années 1430 que Guttenberg (Mayençais) découvrit le moyen
d'assembler des caractères mobiles pour imprimer des textes sur le papier.
Un Hollandais fait la même découverte environ au même moment[3].
Les conséquences de cette invention sont évidemment énormes.
De
minces brochures, appelées des occasionnels (pas de périodicité),
apparaissent alors un peu partout en Europe occidentale. Ils traitent d'événements
particuliers et sont illustrés de gravures sur bois. Ils sont vendus à la
criée dans les villes et par des colporteurs dans les villages et à la
campagne. Les nouvelles y évoquent les affaires de la Cour, les campagnes
militaires, les cataclysmes, les monstres, les miracles, les diables et les
sorciers. C'est donc le début de la recherche du sensationnel par des titres
accrocheurs (adjectifs) qui cherchent à mettre en valeur le merveilleux comme
l'effroyable.
Les canards
Il
s'agit d'une feuille imprimée qui raconte, par le texte et l'image[4],
un fait extraordinaire ; vendu par colportage, il règne sur la clientèle
populaire pour atteindre son apogée au XIXe siècle. On en vient rapidement
à chercher des faits divers "arrangés", mais qu'on présente comme
véritables, avec de terribles détails, baignant dans le sang et l'horreur.
Exemple:
Histoire admirable et prodigieuse d'un père et d'une mère qui ont
assassiné leur propre fils sans le connaître.
Les périodiques
L'ancêtre
des périodiques est le kalendrier des bergers qui était publié
une fois par année de 1491 à 1700 environ. On y retrouvait la liste des fêtes,
les phases de la lune, des prières, des recettes, des anecdotes ainsi que des
prophéties. C'est donc le début des almanachs. Quoique populaires, ces
publications annuelles et les occasionnels ne répondent pas tout à fait aux
besoins du public. Le monde évolue rapidement, beaucoup d'événements
importants surviennent, et au début du XVIe siècle, les gens sont avides de
connaissances et d'informations. C'est donc pendant ce siècle
qu'apparaissent, un peu partout dans le monde, des périodiques (surtout
mensuels). Et c'est au XVIIe siècle, en 1622, que Nathaniel Butler
fonde à Londres Le Weekly news, premier hebdomadaire.
Théophraste Renaudot
Le 30 mai 1631, ce brillant et très influent médecin français obtient à perpétuité et en exclusivité, le privilège royal de *faire imprimer et de vendre les nouvelles et récits de tout ce qui s'est passé et se passe tant en dedans qu'au dehors du Royaume.+ Le même jour, il fait paraître le premier numéro d'un hebdomadaire de quatre pages, La Gazette[5].
Certains
hommes qui publiaient depuis plusieurs semaines déjà *Les
Nouvelles ordinaires de divers endroits+
vont demander l'annulation du privilège de Renaudot en s'appuyant sur leur
antériorité, mais en vain, le Roi confirme l'exclusivité accordée à
Renaudot. Comme ce dernier se retrouve ainsi seul maître du terrain, il fait
le journal comme il le désire. Il invente l'éditorial, la publicité,
le numéro spécial et les suppléments.
Renaudot
préfère systématiquement les faits aux commentaires. Chaque information est
datée et on en précise l'origine ou la source. Dans le but de publier un
journal aussi actuel que possible, il travaille à diminuer le temps de
production. Son journal aura beaucoup de succès : le tirage atteint 1200
exemplaires en 1638.
La Presse et l'État
(Affrontements
entre la censure et la liberté d'expression[6],
entre les organes officiels et les journaux clandestins.)
Le
pouvoir politique a compris rapidement quelle arme représente la presse. Il
va donc tenter de la contrôler de très près (par la ruse ou la force).
Au
début du XVIe siècle, François 1er et Charles Quint (empereur d'Allemagne)
se livrent une guerre de propagande par feuilles imprimées (guerre de
religion). Le nombre des pamphlets (court écrit satirique qui attaque avec
violence le gouvernement, les institutions, la religion, un personnage connu)
et leur virulence s'accentuent.
Après
un certain temps, l'État proclamera des lois pour stopper cette montée : * Tous semeurs de placards et libelles diffamatoires
seront punis du fouet la première fois, de la vie si récidive[7].+ Pourtant, cette loi ne réglera pas le problème.
En
1626 un édit renouvelle *la défense d'imprimer sans autorisation du Conseil.+ C'est le régime de la royauté absolue, seuls le
souverain et ses ministres décident de ce qui peut être dit et publié.
Ensuite,
La Fronde (Troubles qui agitent la France sous le règne de Louis XIV alors
qu'il est mineur et que le Cardinal règne pour lui. Les ministres tentent
donc de limiter les pouvoirs du Roi.) Pendant cette période, 4000 écrits
clandestins s'en prendront au Cardinal Mazarin, certains à plus de 5000
exemplaires.
Événements
importants
Le premier quotidien français paraît en 1777, Le Journal de Paris. En 1785 apparaît une feuille qui deviendra rapidement le plus célèbre journal du monde, le Daily Universal Register, rebaptisé le Times en 1788.
En
Amérique du Nord, on commence à imprimer des journaux dans les villes. La déclaration
d'indépendance des États-unis d'Amérique proclame inaliénable la liberté
de l'homme, ce qui s'avérera très important pour la presse.
D'ailleurs,
le 1er amendement de la Constitution en 1787 interdit au Congrès de voter des
lois qui limiteraient la liberté de la presse. Malgré cela, la presse devra
se battre encore longtemps pour obtenir la liberté de publier tout ce qu'elle
le veut.
Le XIXe siècle (siècle d'or de la presse)
Grâce
à l'évolution de la technique et au progrès sans cesse grandissant de la mécanique,
la presse connaîtra un essor considérable durant ce siècle.
En
1795 (fin du XVIII), Le Times utilise une nouvelle presse (entièrement
en acier et en fonte), ce qui lui permet de tirer en plus grand format et
d'atteindre le rythme de 150 exemplaires de quatre pages à l'heure. En 1811,
grâce à une presse allemande à cylindre, on monte à 500 exemplaires à
l'heure. Et cinq ans plus tard on imprime recto-verso et 1100 copies à
l'heure.
Les presses rotatives
Autour
de 1860, on atteint 12 000, puis 18 000 exemplaires à l'heure grâce à
l'invention de la presse rotatives (combinaison de deux presses à cylindre).
Ces progrès techniques combinés à l'amélioration des moyens de transport
et de communication (télégraphe et poste) vont transformer la presse en une
véritable industrie. La mondialisation de l'information et une volonté de réduire
certains coûts[8]
amènent la création d'agences de presse. (associated press, agence
Reuter...)
Le journalisme devient alors un métier à part entière avec ses particularités et ses méthodes. Les agences de presse créent leurs instruments et leur style. La nécessité de faire parvenir les nouvelles rapidement, en temps de guerre par exemple, associée au prix des transmissions et aux pannes fréquentes du télgraphe à ses débuts impose la concision: c'est le schéma de la pyramide inversée. L'essentiel doit être dit dès les premières lignes (le *chapeau+), ensuite ce qui est important, les détails, les réactions...
C'est
à cette époque qu'apparaît, dans la presse anglo-saxonne, la règle des
cinq w. Tout article doit répondre aux cinq questions suivantes: Who? What?
Where? When? Why? Cette règle a longtemps définit le journalisme
d'information qu'on oppose au journalisme d'opinion[9].
Pendant
tout le XIXe siècle, la presse écrite évolue très rapidement et s'installe
comme un pouvoir important dans tous les pays du monde. En France, cependant,
la lute contre la censure se poursuit. L'État tente périodiquement de contrôler
la presse ce qui amène de nombreuses révolutions. C'est également au
milieu du XIXe siècle que les romans feuilleton font leur apparition dans les
journaux. Victor Hugo, Alexandre
Dumas[10]
(père), Honoré de Balzac, Émile
Zola publie des romans à suivre dans
les journaux français.
À
Paris, le tirage global des quotidiens passe de 36 000 en 1800 à un million
en 1870. En plus de cela, les grands hebdomadaires régionnaux naissent.
Pendant
ce siècle en France, des dizaines de journaux naissent, la compétition est féroce.
Cette compétition pousse les rédacteurs à améliorer la qualité de leurs
publications, à en donner plus pour moins. L'équation est simple: plus le
prix de votre journal est bas, plus vous avez de lecteurs et plus vous avez de
lecteurs, plus les publicitaires seront intéressés par votre journal, et
plus les publicitaires sont intéressés par votre journal, plus le prix en
est bas.
Pendant
la première moitié du siècle, on oriente les journaux vers les débats d'idées,
vers la politique, mais en 1863, un nouveau joueur vient transformer le monde
du journalisme: Moïse Polydore Millaud[11].
Il lance à grands renforts de publicité *Le
Petit Journal+. Il sait à peine lire, mais il a une bonne idée de
ce qu'il faut pour réaliser le premier journal vraiment populaire. Prix de
vente: un sou. Ce sou symbolique, reproduit en grand, ornera la façade du
journal où travailleront jusqu'à 250 employés. Son tirage passe de 83 000,
après quelques mois seulement, à 260 000 après deux ans, pour atteindre le
million d'exemplaires vers 1880. Pas
de débats d'idées, *Le Petit Journal+
est délibérément orienté vers la recherche du sensationnel, avec un préférence
pour les faits divers. Le sang est à la une. Ainsi, il fait concurrence aux
canards.
Aux
États-Unis, partout dans les grandes villes et surtout à New York, de grands
journaux naissent et grandissent dont un qui sera d'une influence capitale
dans le monde entier: Le *New York Herald+.
Ce journal ira même jusqu'à publier une édition européenne à Paris dès
1887.
Le XXe siècle
Le
vingtième siècle voit apparaître les grands
reporters, des
explorateurs qui explorent le monde et font parvenir des reportages
passionnants aux journaux pour qui ils travaillent[12].
Évidemment, le fait que le téléphone se répande partout dans le
monde facilite le travail de ces reporters.
Les
progrès technologiques vont encore une fois bouleversé la presse. En
1910, lancement de L'Excelsior, premier quotidien illustré de
photographies. La technique n'est pas encore au point: il faut deux jours
et beaucoup de frais pour imprimer les photos. En 1928, Lucien Vogel
lance Vu, le premier hebdomadaire de grande information systématiquement
illustré de photographies. La photographie fait son apparition dans les
journaux, la présence de l'image révolutionne le journalisme. Par sa
force et sa vérité, la photo ravit la première place au texte.
On travaille maintenant à deux, un journaliste et un photographe.
L'apparition des nouveaux médias va également bousculer la presse écrite. La radio apparaît à la fin du XIXe siècle, mais il faut attendre jusqu'en 1920 pour qu'un bulletin d'information soit diffusé quotidiennement aux États-Unis. En France, en 1924. L'avantage principal de la radio sur la presse écrite est le caractère quasi instantané de la transmission des nouvelles. Elle demeure encore aujourd'hui le média par excellence de l'actualité vivante. Au départ, les journaux se font les adversires de la radio, puis, on en vient à essayer d'avoir sa propre antenne. Peu à peu va s'établir une sorte de répartition des fonctions entre ces deux médias, mais on n'a pas le temps de s'y habituer qu'apparaît la télévision.
Dès
1935, une station expérimentale de télévision avait été ouverte sur la tour
Eiffel, mais ce n'est vraiment qu'après la guerre (1945) que la télévision
s'installe véritablement. En France, en 1949, Wladimir Porché, directeur d'une
télévision qui n'émet que douze heures par semaines, crée un journal
trihebdomadaire en images (c'est le premier journal télévisé), peu de téléspectateurs[13].
Ce journal deviendra rapidement quotidien, puis biquotidien. La télévision va
grandir rapidement pour devenir un véritable phénomène de société. Pour se
rallier un plus grand auditoire, elle pratique quasi systématiquement la théâtralisation
de l'information.
Ce nouveau joueur force la
presse écrite à développer un style différent et de plus en plus efficace.
On
retourne au journalisme d'investigation et d'enquête, on présente des dossiers
plus fouillés et détaillés...
[1]
4000 autres langues auraient disparuau cours de l'Histoire.
[2]
Mémoire du peuple, présence aux baptèmes
[3]De
plus, les Chinois utilisaient encre et imprimerie près de 700 ans plus tôt.
[4]La
même gravure était souvent utilisée pour illustrer des événements
totalement différents.
[5]Il
avait acheté, lors d'un voyage à Venise, un foggli avvisi qu'il avait payé
une gazzetta (pièce de
monnaie) et
qui lui avait donné l'idée de faire un journal.
[6]The
people vs Larry Flint
[7]Un
imprimeur brûlé à Paris, un autre écartelé à Tours.
[8]À cette époque, quand un bateau arrivait de l'extérieur vers New York, six journaux dépêchaient une navette chacun dans le but d'obtenir l'information avant les autres.
[9]Objectivité
vs subjectivité
[10]Les
Trois Mousquetaires
[11]Il
avait débuté avec un journal à Nantes dans lequel il publiait les
chroniques nécrologiques locales
en y ajoutant les noms des médecins qui avaient soigné les défunts, ce qui
incitait les médecins à
acheter immédiatement tous les exemplaires.
[12] Le New York Herald invente cette pratique en envoyant Henry Morton Satnley à la recherche de l'explorateur Livingstone
[13]
L'animateur le souligne en commençant l'émission par: *Messieurs
les directeurs, Monsieur
le téléspectateur+.